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Les Poissons Roses,

co-fondateurs d'Esprit Civique

DES QUESTIONS, DES RÉPONSES

Des questions, des doutes des idées, contactez-nous sur bienvenue@poissonsroses.org

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Il semble que les fondateurs sont en majorité des chrétiens. On reconnaît dans votre programme certains thèmes bien typiques. Avez-vous peur de le montrer ?

Acceptez-vous les divorcés remariés, les personnes homosexuelles ? Les croyants d'autres religions ? Les athées ?


Notre démarche est politique. En cela, elle a vocation à rassembler et jamais à exclure. Toutes les personnes, croyantes ou non-croyantes, se reconnaissant dans nos valeurs et nos principes d’action sont les bienvenues. Nous parlons avec Bernard Devalois, athée et spécialiste des questions de fin de vie, Haim Korsia, grand rabbin aux armées, Gérard Collomb, maire de Lyon et franc-maçon déclaré ou Bariza Khiari, ex vice-présidente PS du Sénat et musulmane assumée. Nous sommes d’autant plus à l’aise avec cela que nos parcours respectifs sont à l’image de cette volonté d’accueil, que la différence constitue une richesse qui nous stimule et suscite le débat véritable au sein de notre mouvement. Quant aux fondateurs, ils n’auront jamais peur de répondre, en leur nom et si la question leur est posée, qu’ils sont chrétiens et que cela compte dans leur vie familiale ou professionnelle. Mais il ne faut pas tout mélanger. Avec les Poissons Roses, nous parlons bien de politique et d’anthropologie, pas de religion. Quant aux personnes homosexuelles, certaines ont déjà rejoint les Poissons Roses et contribuent, comme les autres, aux débats.


Quelle est votre expérience de la politique ? Quelles sont vos relations avec le Parti socialiste ? Pensez-vous vraiment faire le poids face aux autres courants du PS ?


Certains Poissons Roses sont des militants de longue date ou sont élus. Il y a aussi parmi nous des entrepreneurs ou des personnes engagées dans la vie associative. Tous ont une grande volonté de faire bouger les choses. Nous sommes des naïfs lucides et comptons avancer en gardant une grande indépendance d’esprit, avec un souci constant de veiller les uns sur les autres. Nous voulons aussi être professionnels. Alors inlassablement, nous défendons nos idées au sein du Parti socialiste, comme le prouve notre livre A contre-courant paru en janvier 2016 ! Nous voulons faire de la pédagogie mais ne comptons pas être dans le rapport de force perpétuel. Une chose est sûre, nous voulons être un « banc » qui compte et nous savons que pour cela il faudra que de nombreux autres poissons roses se joignent à nous.


Etant donné l'hostilité historique de la gauche française - laïque voire anticléricale - envers l'Eglise, (comment) peut-on être catho de gauche ?


Attention aux clichés, la gauche puise à plusieurs sources, en particulier à celle du judéo-christianisme et le fameux texte de Paul "ni juifs, ni païens, ni esclaves...". Laisser croire que le gauche est par essence anti-cléricale, au sens anti église catholique, ne rend en rien compte d'une histoire très complexe, ni de la réalité de nos expériences ou de nos rencontres. Aujourd'hui, nous déclarons qu'être "socialistes et papistes", c'est possible. La gauche est d’ailleurs partagée avec les prises de position récentes de JL. Bianco contre M. Valls, ultime avatar d'un choc déjà ancien entre deux visions, celle de Briand contre celle de Combes. Nous nous rattachons clairement à la première et restons attachés à la laïcité de l’Etat, socle d'une société plurielle et non d'une laïcité de la société. C’est essentiel pour la France car cette grande idée pourrait être manipulée pour discriminer en particulier nos concitoyens musulmans, traversés eux-aussi par des débats existentiels sur la nécessaire séparation des plans, issue du christianisme ("rendez à César..."). De plus, les Poissons Roses ne sont pas exclusivement cathos, il y a parmi nous des protestants et des musulmans. Et puis la gauche est aussi devenue une "périphérie" comme une autre, au milieu de laquelle il faut se tenir. Il n'y a pas de raisons d'abandonner nos convictions qui sont des ferments puissants pour notre pays !

Vous avez soutenu le PS en 2012. Quel regard portez-vous sur l’action du PS depuis l’élection de François Hollande ?


En 2012, nous avions formulé un ensemble cohérent de propositions auquel le mandat présidentiel n’a que partiellement répondu. Sur les sujets de société de type mariage homosexuel ou euthanasie, le gouvernement s’est précipité, ne voyant pas les failles éthiques que cela engendrait, sources de puissantes injustices. Sur le plan économique, il en est resté au stade du « serrage de ceinture » en attendant que la crise passe, sans proposer un changement de modèle, et est apparu parfois bien impuissant face à certains lobbies. Il est pourtant essentiel de comprendre que nous vivons une crise de passage. Certains comparent cette rupture au passage du monde paléolithique de la chasse et de la cueillette au néolithique de l’agriculture. Il est normal que nos concitoyens soient perdus car il va falloir renouveler complètement notre manière de vivre en société. L’idéologie libérale est le moteur et le révélateur de cette crise, dont les conséquences touchent à la fois les domaines économiques et les relations entre les individus. Houellebecq l’a très bien décrit dans ses romans. Le combat doit être plus global. A nous de le prouver. La lutte contre l’injustice sociale passe par la promotion de l’engagement durable des époux dans les familles par exemple ou le fait que l’enfant n’est pas un droit ou que la femme n’est pas un objet de consommation. Tous ces sujets sont complexes et en discussion au sein de notre mouvement. Quant à la transition du modèle de croissance, qui sera par essence un système plus coopératif, elle ne sera possible qu’en dépassant l’individualisme à outrance dans nos rapports entre citoyens. De très nombreuses initiatives en sont déjà porteuses à travers tous nos territoires. Nos propositions de 2012 conservent toute leur force, d’autant que nos débats depuis quatre ans nous ont permis de les enrichir.


Comment vous situez-vous par rapport à la dérive libérale-libertaire sociétale du Parti socialiste ?


Nous nous opposons à toute dérive libérale-libertaire au Parti Socialiste comme ailleurs. Nous reconnaissons que le processus d’émancipation des liens de domination constitue un des marqueurs essentiels de la gauche. Mais l’évolution "sociétaliste" est une fausse émancipation, reposant sur une vision néo-dualiste de la personne humaine, séparant artificiellement l'esprit et le corps. Avec les évolutions techniques actuelles, les failles sont vertigineuses et ne relèvent plus seulement du cauchemar de Huxley. Or cette vision conduit à une rupture avec le "sens commun" et les classes populaires. Elle est aussi la source de profondes injustices et est dénoncée par de nombreux penseurs de gauche comme JC. Michéa ou S. Agacinski.

Nous ne sommes pas seuls dans ce combat. Au PS, de nombreux socialistes estiment que cette dérive conduit à l’échec et ne représente que les attentes d’une petite frange de la gauche, parisienne principalement ! Les assises pour l'abolition universelle de la GPA le 2 février 2016 rassembleront à l'Assemblée Nationale, de nombreuses personnalités de la gauche française et européenne : Laurence Dumont (vice-présidente PS de l'Assemblée nationale), Benoît Hamon, José Bové, des membres d'Attac... C'est un signe très fort et aussi le fruit de nos années d'engagement.

Le débat commence à s'ouvrir, clairement, avec une prise de conscience et paroles courageuses d'élus de gauche sur la filiation ou la fin de vie, souvent complémentaires avec des combats durs sur les questions sociales. Les députés Dominique Potier, Jean Philippe Mallé ou Bruno-Nestor Azérot (qui a préfacé notre livre) en sont de bons exemples, tout comme Joseph Thouvenel de la CFTC. Nos rencontres personnelles, tant avec de hauts responsables du PS, que des militants de base, nous ont prouvé que notre cohérence touche profondément. Cela suscite aussi parfois une colère irrationnelle au sein des sections, en particulier à Paris, qui a toujours eu dans l'histoire de France une place à part. Cette colère est aussi la conséquence de notre implication dans la Manif pour Tous, jusqu'à la manifestation du 13 janvier 2013 sur le Champs de Mars, manifestation qui avait réuni un public très varié, avec notamment de nombreux élus de gauche venus des quatre coins de notre pays. Refuser de le reconnaître prouve à quel point la notion "d'émancipation", au cœur du message de la gauche, a pu se pervertir dans les mirages d'un hyper-individualisme désespérant, qui refuse toute transcendance à l’être humain.