A mes amis députés de gauche qui ont voté la loi « sur la fin de vie »mais reviendront sur leur décision lors du prochain vote. Tribune parue dans Le Télégramme 23 juin 2026

Par Bertrand du Marais, président, au nom des Poissons Roses

Chère et Cher Ami député, toi, de gauche,
Lors du vote du 24 février 2026 sur l’aide à mourir, tu as fait partie des 299 députés
qui ont voté OUI. Vous étiez moins nombreux que lors du vote du 27 mai 2025, qui
avait recueilli 305 votes positifs. L’opposition à cette loi est passée de 199 voix à 226.
L’écart s’est donc réduit.
Lors de ce vote, tu n’as pas voté comme le député LFI, la députée écologiste, les
deux communistes et les quatre socialistes, qui ont eu le courage de voter NON.
Finalement, toi, de gauche, tu as voté massivement avec tes collègues pour autoriser
ce qui s’appelle « l’aide à mourir ».
Toi, de gauche, tu n’as pas frémi au souvenir de la déclaration des droits de l’homme
et tu as donné ton accord pour franchir ce Rubicon de la mort donnée.
Toi, de gauche, tu n’as pas craint pour les plus fragiles, toutes ces personnes
économiquement faibles, ces personnes handicapées, ces personnes âgées à qui
leur entourage risque de faire comprendre qu’il serait peut-être temps de laisser la
place et qui se retrouveront piégés par les impatiences des bien-portants.
Toi, de gauche, tu as fait confiance aux critères mentionnés dans le texte afin de
constituer des garde-fous alors que tu sais bien que, partout où ce type de loi a été
voté, ces critères ont progressivement été étendus. Ainsi, en Belgique, plus de 3,6%
des décès relèvent de cette loi, plus de 7,9 % au Québec et toutes les restrictions
tombent les unes après les autres.
Toi, de gauche, tu pensais défendre une liberté et révérer un noble stoïcisme. Mais tu
ne fais que consacrer un matérialisme individualiste que tu combats pourtant
ardemment lors des réformes économiques. Toi qui défends le collectif devant le
libéralisme du marché, tu oublies que toute mort n’est pas une affaire individuelle
mais embarque les familles, les voisins, même trop souvent les passants, bref toute
la société.
Toi, de gauche, tu t’es laissé enfermé dans la bulle des sondages que l’Association
pour le Droit à Mourir dans la Dignité répand au mépris d’une réalité plus complexe.
Car si personne ne souhaite mourir dans la souffrance et l’isolement, la majorité des
gens préfère être accompagnée dans ce grand voyage et ne souhaitent pas
l’euthanasie pour leurs proches. Dès qu’ils bénéficient de soins palliatifs, ils
abandonnent leur désir d’euthanasie jusqu’à accepter des sédations adaptées à la
dégradation de leur état.

Toi, de gauche, tu t’es laissé conditionné par tous ceux qui invoquent les Français
obligés d’aller en Belgique pour un suicide assisté ou une euthanasie. Sais-tu qu’ils
n’ont été l’an dernier que 106 à faire ce voyage, soit 0, 21% des décès en France ?
Toi, de gauche, tu as confondu la dignité de mourir avec la volonté d’effacer ce
moment essentiel de notre vie, quand nous touchons à notre humanité la plus nue
dans une agonie qui revisite notre existence.
Toi, de gauche, tu as mis ta raison et ton cœur au service d’une compassion
détournée envers les malades.
Mais il n’est pas trop tard. D’ici quelques semaines, ce texte reviendra devant
l’Assemblée nationale après un second vote au Sénat. Ce jour, c’est à toi qu’il
reviendra d’avoir le dernier mot. Au nom de tes valeurs de gauche, tu pourras voter
contre ce projet de loi.
Bertrand du Marais, Président des Poissons Roses,

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